Si vite qu’il devient parfois difficile de savoir où se placer, comment se positionner, comment rester fidèle à ses valeurs tout en construisant une vie viable et libre.
Pendant longtemps, j’ai profondément cru que la recherche, l’amour de la science, de l’histoire et de la transmission devaient relever exclusivement du service public. Les raisons étaient principalement politiques, éthiques, intellectuelles et sociales.
Je le pense encore en grande partie et je développerai sûrement cette réflexion dans un autre article. J’en parle déjà parfois sur mes réseaux sociaux, notamment sur Instagram, avec le compte @visitherpast.
Mais aujourd’hui, je suis aussi confrontée à une réalité très concrète.
J’ai soutenu ma thèse de doctorat en histoire le 19 novembre 2025. Depuis, je suis officiellement docteure. J’ai candidaté à plusieurs prix de thèse, dont j’attends encore certaines réponses. J’ai continué à enseigner, à préparer des concours, à transmettre, à écrire et à chercher ma place. Depuis déjà plusieurs années, je reçois des messages de doctorant·e·s, d’étudiant·e·s, de candidat·e·s aux concours, de personnes en reconversion ou en plein doute.
« Comment as-tu obtenu ton contrat doctoral ? »
« Comment as-tu décroché cette bourse de mobilité ? »
« Comment as-tu réussi à écrire ta thèse en enseignant, en lançant un compte sur les réseaux sociaux et avec une situation personnelle chaotique ? »
« Comment être admissible à l’agrégation et au CAPES externes du premier coup, tout en faisant plus de quatre à cinq heures de trajet quatre fois par semaine, en corrigeant un manuscrit de thèse et en travaillant à côté ? »
Pendant longtemps, j’ai répondu à tout le monde, une personne après l’autre, avec attention, sincérité et le souci de transmettre ce que j’aurais moi-même aimé recevoir plus tôt. Je le faisais sur Instagram, entre deux cours, deux trains, deux corrections ou même deux deadlines. Puis les messages sont devenus quotidiens et j’ai alors compris que ce besoin existait vraiment.
Il y avait là quelque chose de plus grand qu’une simple réponse en story ou qu’un message envoyé rapidement entre deux obligations.
J’ai obtenu le CAPES externe d’Histoire-Géographie alors que je travaillais comme contractuelle en Lettres modernes, tout en me donnant corps et âme dans la préparation des oraux de l’agrégation. J’avais peu assisté aux oraux de ce concours. J’ai échoué à l’admission de l’agrégation, en grande partie parce que je n’avais pas pu me préparer suffisamment à cette étape. Je n’ai pas pu faire illusion à l’oral comme j’avais réussi à tenir à l’écrit.
Et pourtant, c’était déjà immense.
À dix jours des écrits, je passais une rafale d’entretiens d’embauche pour trouver, désespérément, un emploi dans l’Éducation nationale. Je corrigeais encore mon manuscrit de thèse. Je travaillais. Je préparais les concours. Je tenais debout, parfois de justesse. Malgré tout cela, je suis arrivée jusque-là.
L'évidence s'impose alors de repasser l’agrégation. Je veux essayer de la décrocher. Parce que j’adore enseigner dans le secondaire, mais je veux aussi m’ouvrir les portes des classes préparatoires, peut-être du supérieur et surtout préserver du temps pour continuer la recherche à côté de l’enseignement. Je sais que je suis légitime. Je suis déjà allée jusque-là.
Mais je suis aussi une jeune docteure qui a longtemps mis sa vie entre parenthèses pour courir aux quatre coins de l’Europe : archives, colloques, conférences, contrats, enseignements, candidatures, projets etc. Ce qui fait que je n’ai pas encore l’assise financière qui me permettrait d’arriver, en 2027, devant un jury d’agrégation avec la tête et l’esprit totalement libérés.
Alors, je me suis souvenue d’une phrase entendue plusieurs fois en formation doctorale : de plus en plus de doctorant·e·s et de jeunes docteur·e·s créent leur entreprise, parce qu’ils et elles ont développé, au fil de leur parcours, des compétences immenses. Des compétences en méthodologie, en recherche documentaire, en analyse critique, en rédaction, en financement de projet, en gestion de projet, en pédagogie, en prise de parole, en valorisation scientifique, en coopération internationale, en organisation, en vulgarisation, en culture générale, en histoire, en transmission et surtout en adaptation permanente.
Ces compétences, nous mettons des années à les forger.
Le doctorat n’est pas une perte de temps. C’est une expérience d’accélération. Cinq années, parfois plus, pendant lesquelles on apprend à penser, à chercher, à structurer, à convaincre, à transmettre, à résister, à recommencer, à porter des projets longs et complexes, souvent dans l’incertitude.
Je l’ai vécu. Je l’ai constaté. Mon histoire en est un témoignage.
La solution est donc apparue assez naturellement. Il me fallait mettre à disposition ce savoir-faire et ce savoir-être sous forme de services utiles, concrets et accessibles aux personnes qui en ont besoin.
Ce que je faisais déjà de manière informelle, je veux désormais le faire mieux. Plus sérieusement. Plus clairement. Avec du temps dédié. Avec des supports pensés, construits, relus, améliorés. Avec des accompagnements personnalisés, adaptés aux parcours, aux objectifs, aux urgences, aux blocages, aux ambitions.
Ce site est donc l’antichambre de @visitherpast.
Un espace où vous pourrez trouver des supports méthodologiques, des ressources d’aide, des outils de travail, mais aussi des créneaux pour réserver des accompagnements personnalisés ou des cours. Un espace pour celles et ceux qui préparent un concours, qui écrivent un mémoire, qui envisagent une thèse, qui cherchent une bourse, qui veulent améliorer leur méthode, reprendre confiance, structurer un projet, mieux s’organiser ou simplement être accompagné·e·s par quelqu’un qui connaît de l’intérieur les exigences, les joies et les violences parfois silencieuses du monde académique.
Je ne lance pas cette entreprise contre la recherche publique.
Je la lance parce que je crois encore à la transmission. Parce que je crois que les compétences acquises dans un parcours doctoral peuvent servir au-delà des murs de l’université. Parce que je crois que l’entraide peut devenir un espace structuré, durable, plus juste aussi pour celle qui la donne. Parce que je crois qu’on peut créer quelque chose sans renier ses valeurs.
Merci à celles et ceux qui m’ont fait confiance avant même que ce projet existe officiellement.
Merci à celles et ceux qui m’ont posé des questions, qui m’ont demandé conseil, qui m’ont raconté leurs doutes, leurs concours, leurs thèses, leurs candidatures, leurs rêves, leurs épuisements.
Merci à celles et ceux qui m’ont soufflé l’idée.
Finalement, ce sont peut-être des inconnus sur Instagram qui m’ont poussée à franchir le pas. Ce sont eux qui m’ont donné confiance.
Bienvenue dans cette nouvelle aventure.
Elle commence ici, mais elle prolonge tout ce que je fais déjà depuis des années : chercher, transmettre, accompagner et rendre le savoir vivant.